Choses vues à la Route du Rock 2010

Trois jours après la dernière note de The Rapture, deux jours au moins après la plupart des autres blogs intéressés par la question, voici notre retour de la Route du Rock 2010, vingtième du nom. Excusez le retard.

>>> Toutes les photos des concerts de Pop is on Fire à la Route du Rock
>>> Le reportage Off (camping, fort, stand des labels indés, espace VIP, la boue)

Par Vincent.M

Passer après les autres a au moins un avantage : on peut s’abstenir de poser le décor (deux mots tout de même : fort, flaques) pour en venir à l’essentiel : les concerts.

J’ai beaucoup lu que cette vingtième édition de la Route du Rock resterait comme une des meilleures. Ne fréquentant assidument le Fort Saint-Père que depuis quelques années, je m’abstiendrai d’être aussi définitif. Il me semble tout de même avoir été plus souvent captivé l’an dernier grâce, notamment, à St Vincent, Bill Callahan, Deerhunter ou Grizzly Bear. Passons. A la Route du Rock, cette année, j’ai quand même vu trois grands concerts, et c’est déjà pas mal.

Caribou

J’ai d’abord vu Caribou. Et j’ai découvert à cette occasion que l’animal, que je pensais solitaire, voire reclus, était en fait du genre grégaire. Trois musiciens autour de Dan Snaith, une guitare, une basse, une batterie : un groupe de rock, en fait, puissant et concentré, enchaînant méthodiquement les pépites extraites de la (déjà) impressionnante discographie du songwriter canadien, jusqu’au morceau de bravoure final (l’ébouriffant Sun). Génial.

The National

J’ai aussi vu The National, et j’ai adoré. J’aurais pu dire revu, car j’avais croisé le groupe il y a cinq ans, à la Route du Rock déjà. Mais je n’avais gardé de ce concert qu’une vague sensation d’ennui et d’agacement. Depuis ce soir de l’été 2005, pourtant, pas mal de choses ont changé. The National a sorti deux très bons disques (Boxer en 2007 et High Violet cette année). Ils sont devenus la figure tutélaire d’une scène musicale (en gros, l’indie-rock lettré de Brooklyn) qui compte nombre de mes musiciens préférés du moment. De mon côté, j’ai pris cinq ans, ce qui peut aider pour apprécier la musique des New-Yorkais. J’ai, du coup, adoré les efforts déployés de Matt Berninger pour libérer l’énorme tension qu’il semble porter en lui. J’ai aussi adoré les moments où il y est parvenu, lorsque le concert a atteint des sommets d’intensité. J’ai adoré, enfin, l’ambition, la singularité et la classe de leurs chansons. Il faut croire que je suis désormais mûr pour The National.

The Flaming Lips

A la Route du Rock, enfin, j’ai vu les Flaming Lips. Vu, vécu et adoré chaque moment de ce concert exceptionnel : le déploiement de l’impressionnante ingénierie avant le show, le t-shirt Big Star du batteur, l’explosion de confettis et de ballons sur Worm Mountain, les grenouilles géantes de She Don’t Use Jelly, la voix tremblante de Wayne Coyne sur Yoshimi, le groove implacable de The Sparrow Looks Up at The Machine, la guimauve de Do You Realize??… J’ai adoré l’humour régressif de la mise en scène, j’ai adoré perdre pied, oublier la boue et les ados bourrés. J’ai compris que les Flaming Lips étaient un grand groupe, généreux au point de déployer des trésors d’ingéniosité (et certainement un gros paquet d’heures de travail) pour rendre l’expérience de leurs concerts inoubliable. Du coup, j’ai détesté, un court instant, certains excellents amis qui, du fin fond du fort, ont trouvé le set un peu chiant, sous prétexte que les enchaînements entre les morceaux étaient trop longs ou qu’ils ont joué trop de morceaux d’Embryonic, leur difficile mais fantastique dernier album. Bande de pisse-froids.

Wayne Coyne (The Flaming Lips)

Les autres

OK, ce n’était pas le concert du siècle. Mais les Dum Dum Girls, en ouverture du festival, ont tout de même réussi à me mettre d’emblée de bon poil. Ces jeunes filles ont un look (incontestablement), une attitude (un peu distante, certes) et surtout une poignée d’excellentes chansons, quand bien même celles-ci sont sous haute influence. Mineur mais plaisant.

The Dum Dum Girls

Sans totalement répondre aux attentes suscitées par son récent album, le virtuose Owen Pallett, seul en scène (ou presque), a réussi à rendre son set captivant de bout en bout. Dans un style assez radicalement opposé, ce fut également le cas de The Rapture et, plus surprenant, de Two Door Cinema Club, dont les chansons prennent un tour plutôt plaisant une fois débarrassées de l’immonde production du disque.

Two Door Cinema Club

Je connais mal les disques des Liars, et leur concert ne m’a guère poussé à plus de curiosité. Je connais mieux ceux, merveilleux, de Hope Sandoval, avec Opal ou Mazzy Star. D’où ma déception après son set désincarné au Palais du Grand Large.

Souvent payante sur le plan de la billetterie, la résurrection de vieilles gloires est par contre un exercice plus risqué sur le plan artistique. La Route du Rock s’y est d’ailleurs cassé les dents par le passé (Smashing Pumpkins et, dans une moindre mesure, My Bloody Valentine). De ce point de vue, Massive Attack a eu le mérite de jouer le jeu, en offrant un concert plein de conviction. Le reste est une simple affaire de goût. Et le mien ne m’a jamais vraiment porté vers la noirceur et la pesanteur de la musique des Bristoliens.

The Black Angels

Même problème avec le blues-rock de Archie Bronson Outfit, le psychédélisme gras des Black Angels, le jazz-folk néo-baba de Thus:Owls ou l’afro-prog rock de Foals : je reste à la porte, tout simplement. Enfin, le seul souvenir que je garderai du concert de Serena Maneesh est la peur que son chanteur, ridicule et déchaîné, ne me mette un ampli ou une guitare sur le coin de la gueule.

Serena Maneesh

Impasses

Je le confesse : malgré le buzz soigneusement orchestré, j’ai snobé le concert de Yann Tiersen pour aller boire des coups au bar VIP, et celui de We Have Band pour gratter une heure de sommeil. J’aurais bien aimé, par contre, voir le set de The Hundreds in Hands, mais comme DM Stith, j’étais bloqué dans les bouchons (passionnant, non ?). Pour la même raison, et comme tout le monde ou presque, j’ai raté le concert en solo de la fascinante Martina Topley-Bird. Dommage.

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