Festival Beauregard – Conférence de Seasick Steve

Ce Californien de plus de 70 ans est un véritable vagabond : fils d’un pianiste de boogie-woogie, il a fui le foyer familial à 13 ans (notamment en raison de problèmes avec son beau-père) et se forge ensuite son histoire au gré de ses voyages : il côtoie Janis Joplin dans les années 60, devient ami avec Kurt Cobain, joue avec John Lee Hooker dans les années 90… Seasick Steve (de son vrai nom Steve Gene Wold) se lance finalement dans une carrière solo en 2004.  Ce bluesman par excellence est un spectacle à lui tout-seul ! Nous l’avons rencontré lors de la conférence de presse organisée par le festival Beauregard.

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Merci beaucoup Seasick Steve d’être avec nous. Tu as fait un super concert, c’était très ensoleillé, le public était fantastique, je suis certain que la jeune fille Daniela (NB : invitée sur scène par Seasick Steve pour une love song en tête à tête) se rappellera de ce jour toute sa vie. Tu invites à chaque fois des filles comme ça ?
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Oui, je ne sais pas comment cela a commencé, ça devait être il y a 5 ou 6 ans, mais maintenant je ne peux plus m’arrêter ! Elles montent sur scène alors que je suis comme leur grand-père… Mais tu sais, quand tu chantes une chanson à une fille, quelque chose se passe. Je le vois, elles aiment l’amour, c’est fou c’est la force de la musique. Ce n’est pas pour moi parce que je suis sacrément vieux… mais parce que je joue une chanson alors que rien ne s’est passé auparavant, c’est fou.

Tu es la preuve vivante que le succès peut arriver à n’importe quel age, est-ce arrivé du jour au lendemain ?

Le jour avant de jouer au Jools Holland à la télé, je n’étais rien, je n’avais même pas de travail. J’étais au chômage et je n’avais jamais entendu parler du Jools Holland… J’y suis allé et le jour suivant j’étais connu !

C’est fantastique !

Oui ! Des gens y vont sans lendemain… Ils m’ont demandé d’y aller, mais je ne voulais pas, ça ne voulait rien dire pour moi. J’avais eu une crise cardiaque 2 ans plus tôt, je ne me sentais pas très bien. Quand il m’ont appelé, j’ai dit que je ne jouais plus. Mais j’y suis finalement allé, et j’y ai joué. Le son était si mauvais, qu’au milieu de la chanson environ je me suis dit « merde c’est si mauvais… », je voulais simplement partir et j’ai joué rapidement et j’ai foutu la guitare à terre de dépit. J’étais dingue, pour moi ça sonnait comme un moustique « zzzzzzzzzzzzzzZZZZZ« . J’avais plein de lumières en face de moi et je ne pouvais pas voir les gens. Donc quand j’ai terminé j’ai juste posé la guitare et dit « fuck », en me levant un mec est venu et m’a dit que ça avait été bon. J’ai répondu « Oui ? » et j’ai entendu tous les gens applaudir. Mon fils avait fait un site pour moi quelques mois auparavant, j’avais eu 75 visites, probablement toutes de moi. Après ce spectacle il y en avait 1 million.

beauregard2014_itw06A quel point ce spectacle a compté pour toi ?

100% ! Un jour je n’avais pas de travail, j’étais 100% au chômage. Après j’avais un boulot.

Et c’est un beau boulot ! John Paul Jones (Led Zeppelin) a joué en live avec vous, il a aussi joué de la mandoline sur ton titre « Over You » (un beau passage), Jack White apparait aussi sur ton dernier EP, est-ce que tu as besoin de te pincer de temps en temps ?

Oui, j’ai vu Led Zeppelin jouer en 1969. Et la fois suivante je jouais au festival de l’Ile de Wight en Angleterre, j’ai regardé le backstage et il y avait John Paul Jones. Qu’est-ce que le mec de Led Zeppelin foutait là à me regarder !? A l’époque quand vous faisiez un concert, il avaient une sorte de « crochet » pour vous virer, et on vous embarquait si vous n’étiez pas bon. A chaque fois je pensais qu’ils allaient m’embarquer avec le « crochet »… Des fois je pense que je vais me réveiller d’une grosse gueule de bois ! C’est comme vivre sous un pont et rêver qu’on devienne une star de la pop… Quelle beau rêve !

Le rêve est devenu réalité pour toi ! Comment as-tu rencontré John Paul Jones ?

Je vais d’abord vous donner un secret par rapport à ce spectacle… Nous jouions cette chanson, c’était la première fois que nous jouions ensemble. C’était la chanson « Thunderbird », c’est à propos de ce mauvais vin Américain qui doit coûté 1$… Cela ressemble plus à de l’essence qu’à du vin ! Je l’ai d’ailleurs jouée aujourd’hui. Nous l’avions jouée et il s’est mis sur les genoux, il devait y avoir 75 000 personnes, et je lui ai demandé comment il allait se relever après toute la chanson sur les genoux. Il s’est relevé, mais moi je ne pouvais pas ! Je n’y arrivais pas… (il mime la situation)

beauregard2014_itw11Tu n’as pas de vieilles guitares vintage Les Paul ou Stratocaster, mais des mauvaises guitares, vraiment mauvaises… 

Ma guitare la plus chère m’a coûté 125$. C’est une nouvelle, j’ai joué avec aujourd’hui sur « Baby Please Don’t Go« . J’étais en Californie, ça devait être en janvier, je suis allé dans un magasin de junky et il y avait cette guitare du Japon. C’est cette guitare la plus chère, faudrait la vendre pour me faire de l’argent (rires). La plupart des mes guitares, je les ai faites.

Tu as fait une vidéo que j’aime beaucoup sur « Down On The Farm », c’est une vidéo à très petit budget !

Je vais vous donner le budget… ça a dû coûter simplement un peu d’essence. Nous étions à Los Angeles et nous avons roulé vers San Francisco, jusqu’au Nord pour trouver cette ferme. Je suis rester devant cette grange pour jouer « Down On The Farm », donc cette vidéo a dû coûter un truc comme 56$ !

Tu y danses super bien (rires)

(il mime la danse) Ils disent que c’est comme la « danse du père », moi j’appelle ça la « danse du grand-père ».

J’ai vu des interviews où tu es réticent à parler de ton passé ancien, est-ce que tu en parles dans tes chansons ?

Je ne sais pas… Il y a tellement de gens à dire « moi j’ai fait ça, moi j’ai joué ça, moi j’ai joué avec lui… », j’en ai rien à foutre de ça. Comme aujourd’hui, je me suis baladé, il y a tellement de jeunes, ils en ont rien à foutre de ce que tu as fait en 1966. Ils veulent savoir si tu « rock » ou non ! C’est tout, il en ont rien à faire de savoir si tu étais dans les Crosby Stills & Nash, ou ceci ou cela, juste savoir si tu « rock » ou pas. Et je ne pense qu’à ça quand je monte sur scène : nous voilà et nous allons faire du rock, et on emmerde tout le reste !

beauregard2014_itw10Il semble que moins tu as de cordes à ta guitare, plus tu « rock ». 3 cordes pour une guitare, tu as même ouvert le set avec une guitare à une corde ! Ça vient d’où ?

Une guitare à une corde s’appelle une Diddley Bow. L’origine est très ancienne, peut-être d’Afrique. Tu utilisais l’arc pour tuer, il y avait des câbles que tu mettais sur l’arc et tu faisais de la musique « dongdongdongdongdong« . La Diddley Bow était jouée par les « blacks ». Quand je joue ce truc, je dois être intelligent, je joue ça pour me garder éveiller. Toute cette merde peut tomber à n’importe quel moment. A chaque fois que je joue ça peut casser. C’est comme si tu es au bord d’une falaise, tu ne sais pas ce qui va se passer. Ça permet de vous garder en vie. Mes guitares… j’en ai rien à foutre de mes guitares. Je veux juste qu’elles me gardent en vue : est-ce qu’elle va me permettre de terminer la chanson ? pas le concert, la chanson ! C’est comme ça à chaque fois.

Dernière question Steve…

(il coupe) J’aime la France ! Vous pensez que je dis des conneries mais mon fils est né à Paris en 1974, « porte de Saint-Cloud clinique du Belvédère » (en Français dans le texte). J’ai vécu dans la rue à Paris, je dormais dans le jardin du Luxembourg. J’allais dans le parc à 18h, avant qu’ils ferment, et il y a un pavillon dans le parc, et je dormais dans les buissons à côté. Je restais proche de ma femme -c’était ma première femme-, elle lavait mes affaires, nous ne savions pas comment le jour suivant allait être. Je sortais et je jouais dans les cafés de Saint-Germain, dans le métro ou dans la rue. Et là nous avons dû payer à la clinique du Belvédère pour avoir un bébé, ça coûtait 1000$ parce que nous n’étions pas Français.

Dernière question, il y a écrit John Deere sur ta casquette… beauregard2014_itw09

J’ai 2 tracteurs !

C’est une vrai passion ?

J’ai un John Deere 4020 de 1975 et un Low Bed de 1941.

Nous pouvons entendre l’un de ces tracteurs sur l’une de tes chansons.

C’est le 4020 de 1975 sur « Down On The Farm« . Ce tracteur peut foutre ta maison hors de ses fondations.

Est-ce que tu as dû arranger le son du tracteur ?

Non le tracteur sonne bien ! Nous avons juste mis un micro dehors. J’ai enregistré ce tracteur pendant environ 30 minutes, sur une cassette. Ça sonne vraiment super, c’est beau !

Tu pourrais faire un disque uniquement avec ton tracteur !?

J’ai foutu ça sur une cassette, pas sur un put… d’ordinateur. Je n’arrivais pas à arrêter la cassette parce que ça sonnait si bien « vrrrrrrrrvvvrrrrrrrvrrrrrrr« …

Merci beaucoup pour ta présence !




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