Route du Rock – Interview de François Floret, directeur du festival

Ca tient du rituel : tous les ans, à l’approche de l’été, Pop is on Fire se déplace dans les bureaux rennais de Rock Tympans, sur le Mail, pour prendre des nouvelles fraîches de la Route du Rock. Rencontre, donc, avec François Floret, le directeur du festival, où l’on parle (notamment et en vrac) de Liars, de marché aux fleurs, de déchetterie et de Jean-Louis Murat.

L’édition 2014 a, je pense, un potentiel supérieur : nous espérons approcher des 25.000 personnes.

floret2014

Un potentiel supérieur à 2013

« L’an dernier a été une bonne année en terme de fréquentation [21.600 spectateurs, NDLR], mais au final, nous n’avons dégagé que 15.000 euros de bénéfices. Cette année, en terme de budget, nous serons donc sur la même ligne qu’en 2013 [environ 1,3 million d’euros, NDLR], avec ce petit billet de 15 000 euros en plus. Mais l’édition 2014 a, je pense, un potentiel supérieur : nous espérons approcher des 25.000 personnes. »

Liars, Cheveu, Hamilton, War on Drugs

« Nous sommes plutôt fiers de la programmation 2014. Personnellement, je la trouve super excitante. Le groupe que j’attends le plus est certainement Liars. C’est celui qui me correspond le plus, avec ce côté urgent, punk et aussi dansant. Je me retrouve beaucoup dans le dernier album. J’aime aussi beaucoup Cheveu. Je suis un énorme fan des Walkmen et j’ai hâte de voir Hamilton Leithauser [ex-chanteur des Walkmen, qui revient en solo, NDLR], je trouve son album très beau. Enfin, il y a War on Drugs, dont j’écoute l’album en boucle. Au départ on devait les faire sur la 2nde scène, ils ont refusé. »

Fins de soirée électro

« C’est stratégique, on ne va pas se mentir. Même si nous écoutons tous des artistes électro, nous les programmons aussi pour attirer un public jeune. Je voulais que le festival soit dansant et sexy, ce que nous avions bien réussi à faire l’an dernier. Mais j’ai parfois du mal à jauger les artistes électro – c’est peut-être une question d’âge – et à mettre de l’argent sur eux. J’ai peur de me faire avoir sur un buzz rapide. Ce sont des groupes qui demandent souvent beaucoup, plus que les groupes rock. Vous savez comment on fonctionne, c’est Alban Coutoux qui fait toute la recherche, c’est lui le responsable en grande partie de la programmation. Il me fait des propositions de programmations (car nous décidons tous les deux), j’essaie personnellement de m’entourer en plus d’avis de personnes que je juge compétentes, notamment pour les musiques électroniques (1). Par exemple, j’avais du mal à jauger ce que Moderat va nous apporter, mais Alban m’a dit tout de suite que c’était énorme. Même chose pour Todd Terje, qui pourrait être l’équivalent de Disclosure l’an passé. J’avais également un doute sur Darkside, mais je les ai vu au Pitchfork Paris et j’ai trouvé ça bluffant. C’est très dansant en live, ça envoie du beat, le bon compromis avec les passages atmosphériques. »

Nous aurions voulu une autre tête d’affiche le samedi. Ça devait être Vampire Weekend.

vampireRegrets ?

« Nous sommes toujours en quête de la programmation parfaite. Et effectivement, cette année, il n’y a pas tout ce qu’on voulait. Nous aurions voulu une autre tête d’affiche le samedi. Ça devait être Vampire Weekend. Ils devaient faire la Route du Rock et Rock en Seine. Pour une raison qui nous échappe, ils ont décliné. Nous avons aussi failli avoir Beirut, mais nous n’avons jamais eu de réponse définitive. Le groupe ne répondait plus. Parfois, c’est difficile à comprendre. »

Seconde scène

« Nous sommes conscients que l’accès à la scène des remparts n’était pas idéal l’an dernier. Nous ne nous attendions pas à ce qu’il y ait autant de monde à vouloir y aller : elle est prévue pour accueillir 3.000 ou 3.500 spectateurs, pas l’ensemble des festivaliers. Nous allons donc essayer d’améliorer l’aménagement. Cette année, la scène sera dans la même zone, mais orientée différement, tournée vers l’entrée du fort. Nous allons également déplacer les bars et la restauration pour dégager l’espace, décaler la tour régie et surélever la scène. »

C’est usant. Saint-Père nous considère à peu près au même niveau que le marché aux fleurs.

Marché aux fleurs

rdr« Il y a trois ans, Saint-Malo Agglomération a accordé une subvention de 600.000 euros pour financer des travaux dans le fort, avec un objectif très clair : faciliter l’accueil de la Route du Rock. Trois ans plus tard, presque rien n’a été fait, et nos priorités (le drainage du sol, la distribution de l’électricité sur le site, l’évacuation des eaux usées) ne semblent pas être celles de la mairie de Saint-Père-Marc-En-Poulet. Il va falloir remettre tout cela à plat. Mais ça prend du retard, et j’attends toujours un rendez-vous. En trois ans, nous n’avons participé qu’à une seule réunion sur la question, et encore, sans y avoir été formellement invité. Les travaux de drainage auraient dû être faits pour 2013. Après on m’a dit pour le printemps, après juin juillet et maintenant septembre novembre… Mais nous n’avons pas dit notre dernier mot. Je n’ai jamais compris pourquoi c’était aussi compliqué avec la ville de Saint-Père. J’avais une idée d’aménagement partiel dans les douves, pour faire un espace bar, restauration pour désengorger la 2nde scène, c’est tombé dans un trou, je n’ai pas de nouvelle. C’est usant. Nous sommes arrivés en 1993 au fort. A l’époque, on a discuté avec la mairesse, et coup de bol, le secrétaire de mairie était fan de Bernard Lenoir. Il a su trouver les mots pour convaincre les élu(e)s mais ils souhaitaient nous tester. On a donc fait Noir Désir au fort en 93 avant de se lancer en 94. Mais je n’ai jamais ressenti une appropriation de la part des élu(e)s, un plaisir de nous recevoir. Saint-Père nous considère à peu près au même niveau que le marché aux fleurs. Si jamais, à un moment, nous ne pouvons plus bosser avec eux, nous sommes prêts à repartir avec notre bâton de pèlerin. Nous avons d’ailleurs prévu de visiter le parc de la Briantais, à Saint-Malo. »

Beth Gibbons au bar VIP

porti« Portishead, c’est un retour, même s’ils n’ont jamais joué dans le fort. En 1998, lors de leur précédent passage, nous avions l’interdiction d’occuper le fort, car le sous-préfet avait décidé de le déminer. Il voulait nous tuer, il n’y a pas d’autre mot. La Route du Rock allait très mal à l’époque : en 1997, elle était cliniquement morte, à la limite du dépôt de bilan. C’était à quitte ou double. Saint-Malo n’avait pas de solution de rechange à nous proposer. Nous avions approché la mairie de Dinard, qui a fini par nous proposer un terrain près de la déchetterie [rires] ! Finalement, j’ai décidé d’activer le plan B, qui était d’installer la scène à l’extérieur du fort. C’était très coûteux, le budget a explosé, mais cette édition a fait un carton et nous avons réussi à amortir les surcoûts. Cela reste une année mythique : nous étions tellement euphoriques. Je me rappelle de Yann Tiersen qui jouait en solo piano juste après Portishead. A l’époque on y allait ! J’avais super envie de ça même si c’était risqué. J’étais backstage avec lui pendant Portishead, je lui ai dit « putain après ça va falloir être punk », il m’a répondu « compte sur moi mec ». Il a fait son truc minimaliste, punk dans l’esprit. On ouvrait le bar VIP un peu à tout le monde. Je me souviens qu’Andy Smith, de Portishead, avait viré le DJ prévu pour mixer à sa place, et que tout le monde dansait, y compris Beth Gibbons : un moment féérique. »

Jean-Louis Murat et Polly Jean

« En 1998 toujours, le lendemain de Portishead, nous avions PJ Harvey. Je me souviens d’avoir croisé Jean-Louis Murat, assis dans l’herbe, attendant tranquillement le concert. Il avait acheté son billet, j’ai encore la photocopie de son chèque [rires] ! Il a d’ailleurs écrit ensuite une chanson sur ce concert [Polly Jean, en 2000, NDLR]. PJ Harvey, on souhaiterait l’avoir tous les ans. C’est clairement quelqu’un qui pourrait revenir très vite. Mais c’est une artiste que j’ai un peu de mal à comprendre, en tout cas son entourage. En 2011, nous étions à deux doigts de la programmer. Mais son management nous a expliqué qu’elle ne voulait pas faire de grande scène : elle voulait bien jouer, mais au palais du Grand Large. Ce n’était évidemment pas possible, vu le cachet demandé. Et cette année-là, elle a fini par jouer aux Vieilles Charrues : difficile à comprendre. Mais malgré tout, elle, c’est quand elle veut. »

(1) Mise à jour (4 juin, 10h) – 3e partie : précisions sur le processus de programmation, à la demande de l’interviewé

Propos recueillis le mardi 27 mai 2014 à Rennes, dans les bureaux de la Route du Rock.




Previous post

Vidéo - Slowdive live @ Primavera Sound 2014

Next post

Caribou, nouvel album le 06/10 (1 titre en écoute)

2 commentaires

  1. Julien
    05/06/2014 at 13 h 45 min — Répondre

    Le passage sur le virage électro est quand même bien triste… Et en plus ce sont les plus onéreux…

    Enfin c’est sexy et dansant COOL !

  2. 05/06/2014 at 14 h 16 min — Répondre

    Ce n’est pas un virage, il y a souvent eu de l’électro à la route du rock. La preuve, la prog de 2000 :

    Programmation: Bentley Rythm Ace – Laurent Garnier – Flaming Lips – Zend Avesta – Gonzales – Baby Namboos – Roni Size/Reprazent – Death In Vegas – Day One – Saint-Etienne – Dot Allison – Placebo – A Guy Called Gerald – Smith & Mighty – Badly Drawn Boy – The Delgados – Shane Cough.

Mettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *