Route du Rock : retour sur la soirée de dimanche

Suite et fin de notre retour sur la Route du Rock 2011, avec le récit de la soirée du dimanche (Fleet Foxes…).

Here We Go Magic (par Camille)

Avec leur pop gentiment psychédélique, les New-yorkais de Here We Go Magic avaient tout pour emporter le morceau en ce début de soirée, sous un soleil enfin revenu.
Malgré une prestation de qualité, le groupe n’est parvenu qu’à séduire le public par intermittence, sur des morceaux aussi efficaces que Collector. Légèrement décevant pour un groupe qui promettait sur album.

Okkervil River, la fougue de Will Shelf (par Manu)

Le deuxième groupe à investir la grande scène est Okkervil River. Après trois ans d’absence (The Stand Ins en 2008), le groupe indie folk d’Austin revient avec un nouvel album, I am very Far.

Will Sheff, leader du groupe, un grand barbu looké, arrive sur scène entouré de ses cinq musiciens. Le set démarre avec le morceau Wake and Be Fine, un clin d’œil en ce début de soirée. Pour moi, un des meilleurs titres de l’album. Will Sheff déborde d’énergie, sa voix frappe en début de morceau, il saute partout, se déplace sans arrêt sur la scène, joue avec ses musiciens. J’aime ça.

Au chant, il est accompagné par le bassiste, qui fait les choeurs aussi. Le violon et le piano adoucissent le morceau, relevé par un riff de guitare électrique joué par la seule fille du groupe. Un début rapide entrecoupé par une envolée de violon. Ce qu’il y a d’intéressant c’est qu’ils alternent les rythmes, moment où Will Sheff pose sa voix, moments plus énervés avec la batterie derrière (c’est le cas pour le 2e morceau) et les solos de la guitariste, qui est assise, guitare sur les genoux pour le 4e titre : un titre folk mais une fin qui envoie et se radoucit avec le clavieriste qui a troqué son violon pour la trompette.

Rider est plus rock. Le set retombe un peu quand il entonne des Lalala un peu trop longs à mon goût. Le concert prend un tournant pop, Will a lâché lunettes et veste ! Le dernier morceau est rythmé au début par les maracas du batteur, guitare en plus avec le pianiste, et le chanteur finit en transe, ravi, avec des « Clap your fucking hands », le micro vole devant, lui finit allongé grattant ses cordes…
Un bon moment ! Plus prenant sur scène, Okkervil River est certes plus intéressant en live que sur l’album, peut-être trop orchestré.

Cat’s Eyes (par Sylvain P.)

Les Cat’s Eyes débarquent sur scène, emmenés par un Faris Badwan tout juste de retour en Europe après un concert la veille à Tokyo avec The Horrors. Pas de quoi le fatiguer !
Premier constat : le set est bien plus rock que les composition pop de l’album éponyme, on se rapproche plus des prestations des Horrors, avec un mur de son saturé qui fait trembler les restes de boue, et ça n’est pas pour me déplaire.

La soprano Rachel Zefira est très, voire trop en retrait, on l’entend peu et c’est Faris qui prend les devants.
Le début du live est très dense, les meilleurs titres sont joués (Cat’s Eyes, Over You, Bandit, etc.). La fin est plus anecdotique, on a du mal à retrouver les inspirations de l’album, avec quelques inédits et reprises. L’ensemble ne fait pas l’unanimité, je l’ai pour ma part trouvé très satisfaisant.

Fleet Foxes (par Vincent)

Je l’avoue : le bâchage de Fleet Foxes, sport en vogue, m’agace profondément. Dorénavant, le monde se divisera donc, en ce qui me concerne, en deux catégories : ceux qui savent reconnaître le génie du groupe de Seattle (en gros, ceux qui ont écouté, un peu sérieusement, quelques disques US antérieurs à 1980) et les autres.

Plus sérieusement, il faut être sacrément allergique aux harmonies et aux guitares en bois pour rester insensible à l’évidente classe du groupe de Seattle. Personnellement, elle m’a sauté aux yeux et aux oreilles, dimanche au Fort Saint-Père : ces gars sont au-dessus du lot. Cela tient, je pense, à une propriété assez rare : la dimension radicalement atemporelle de leur musique, sa capacité à créer des brèches dans le continuum espace-temps, et à vous y projeter. Je reste persuadé que ces chansons, jouées en 1970 ou en 2050, fonctionneraient de la même manière. On peut sans doute être déconcerté par cette imperméabilité à l’air du temps. Ce n’est pas mon cas.

Fleet Foxes, pour autant, n’est pas un groupe figé, conservateur ou “claque-sabots”. Certes, leur musique est enracinée dans le folk traditionnel américain et la pop californienne, elle est référencée et donc familière. Mais par la grâce du songwriting de Robin Pecknold, elle échappe largement au simple revivalisme et se révèle dans sa spécificité, voire son étrangeté.

Faisons-la courte : ce concert, dimanche soir, m’a enchanté. Vus il y a trois ans, après la sortie de leur premier album éponyme, j’ai trouvé que les Fleet Foxes avaient depuis gagné en assurance et en intensité. Certaines chansons de leur second album, Helplessness Blues, se révèlent sur scène (grandiose Grown Ocean). S’y ajoute le plaisir de réentendre les “classiques instantanés” du premier (White Winter Hymnal, Blue Ridge Mountains, Ragged Wood, certains joués sous forme de meddley en milieu de set). Au final, le seul grand moment du week-end en ce qui me concerne. Malgré la boue, les problèmes de sons et les sarcasmes.

Crocodiles (par Sylvain P.)

La fin du festival approche, les Crocodiles sont de retour après leur récents passages à Rennes (dernières Transmusicales, puis l’Étage au printemps dernier). Les Californiens mettent le feu d’entrée avec des titres comme Stoned To Death, Sleep Forever ou Hearts Of Love. Du rock plein de distorsions et saturations sur une rythmique batterie/basse assez basique, la comparaison avec Jesus & Mary Chain est rapide, mais elle est loin d’être innocente.

Emmené par le bondissant Brandon Welchez, le groupe joue le meilleur de l’excellent second album Sleep Forever, sans grande variété, mais avec du talent. Tout juste le temps pour le guitariste Charles Rowland d’aller faire une distribution de Pastis pur dans le public et pour Brandon de sauver un spectateur monté sur scène d’une rouste annoncée par les vigiles et c’est la fin du concert : une set rythmé et bien noisy.

Dan Deacon (par Vincent)

On nous annonçait un joyeux bazar, un joyeux bazar il y a eu. Imaginez : d’un côté, quelques milliers de spectateurs, plus ou moins épuisés par trois jours d’excès en tous genres (alcool, pluie, etc), mais résolus à en profiter jusqu’au bout ; de l’autre, Dan Deacon, petit américain rondouillard, et sa palanquée de machines plus ou moins bricolées, coincé sur un scène de deux mètres carrés à hauteur de public, prêt à tout pour déclencher une étincelle de folie dans cette foule. Résultat : la plus grosse bousculade du week-end, et un pur moment de fun.

Showman assez hilarant, accompagné sur scène par une tête de mort lumineuse, Dan Deacon est également un musicien passionnant, qui puise tous azimuts (prog et math rock, hip hop, musiques traditionnelles…) la matière première de ses bricolages. Pour s’en convaincre, il ne faut pas hésiter à puiser dans sa discographie (Bromst par exemple, sorti en 2009), plus peut-être que dans sa prestation de dimanche, résolument bordélique. Le propos, il faut dire, n’était pas de faire mousser son ego de bidouilleur de génie, mais bien d’ambiancer sévère ce qu’il restait de festivaliers énervés. Objectif atteint : ça a dansé (et tangué) sec devant la mini-scène de la tour.

La fatigue, peut-être, ou tout simplement autre chose à foutre : personne, au sein de la popisteam, n’a vu la prestation de Mondkopf. Pour ce qu’on a pu lire ailleurs, c’était apparemment très bien.




Previous post

Route du Rock : retour sur la soirée du samedi

Next post

Les labels indés à la Route du Rock 2011

Pas de commentaire

Mettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *